Reddition
25 janvier 2004 20:00
Bonjour.
Vous l’aurez compris, j’ai décidé de ne plus publier chez un éditeur ancienne formule.
Maintenant parlons argent.
Balades autour de l’axe central, économiquement atypique à cause de péripéties qu’il serait inutile de relater par le menu, a coûté 330 euros, pour 300 exemplaires, 150 «beaux», tirés à l’imprimante laser par moi (mais quand même, il faut bien qu’ils ajoutent leur touche, un peu mal coupés par les narvallos de l’imprimerie), et 150 en «repro» d’une qualité d’impression très contestable.
Jusqu’à présent, une cinquantaine d’exemplaires ont été vendus, certains sont en dépôt ou le seront, ici et là, mais sans que cette voie rapporte beaucoup, étant donné les marges prises par les libraires (de 20 à 33%) et les frais afférents (poste, par exemple).
Ces ventes suffisent à rembourser les frais engagés. Mais pas à payer des centaines d’heures de travail, d’une inspiration qui ne vient pas toute seule, sous entre autres un alcool qui n’est pas gratuit, avec un engagement personnel en temps pour suivre la fabrication ou les envois, qui rapporterait plus si je le consacrais rien qu’à la distribution de capotes en pleine rue.
Etant quasiment en situation de payer pour être lu, il appert que je m’en branle, ou du moins, exprimé autrement, qu’en fin de compte ce n’est pas mon affaire. Joli esprit que de donner ce qu’on fait, et d’en être paralysé à la radio tellement ça nous tient à cœur et tellement l’autre semble finalement ne pas s’y intéresser tant que ça, - mais en fait, joli esprit suicidaire et vain, qui consiste à travailler sans cesse, mais pour rien.
Le site a battu ses propres records en janvier 2004 en atteignant les 9000 pages vues, moyenne 300/jour. Avec 225 abonnés, c’est déjà ça, pour un petit site gentil de littérature personnelle. Néanmoins, il se trouve qu’idem : les taches de maintenance, de développement, sont apparues comme du travail vain : utile pour quelques personnes, et vain pour moi. Le site déménage, mais en même temps connaîtra une période de stagnation, avant reprise ou élimination, suivant les circonstances.
Plusieurs textes inédits, auxquels je tiens, restaient à publier. Etant exclus que j’aille de moi-même donner à un être féroce et à nageoires tous les outils juridiques et économiques pour faire son beurre sur mon dos, il reste la voie (royale en vérité !) de l’auto-édition. Mais celle-ci coûte cher pour un homme seul, et, ah, tiens, je suis rmiste, justement pour me permettre de ne pas faire une croix sur ce qui m’intéresse dans la life.
Dans ces circonstances, j’ai envisagé – c’est du moins une possibilité – de ne plus publier que par souscription, selon le principe suivant :
Un projet de livre étant donné, et proposé via cette liste ou le site, les personnes intéressées à faire émerger une telle publication s’engagent à acheter d’avance un certain nombre d’exemplaires. Cet argent sert à payer la fabrication. Personne ne souhaite participer financièrement à une telle entreprise ? Alors tout simplement le statu quo demeure, et Balades aura été mon sixième et dernier livre.
Un critère distingue férocement les entreprises artistiques des entreprises normales : c’est le fait que l’initiative soit radicalement personnelle, en-dehors de toute étude de marché. J’ai toujours été gêné par cet aspect de mon travail : j’offre de faire lire un texte que personne ne m’a demandé d’écrire et encore moins de montrer. Certains pourront en être surpris, mais je ne considère pas la publication comme la finalité d’un travail qui peut bien se clore sur soi. Qu’un texte ait des lecteurs, me semble simplement souhaitable, mais pas forcément nécessaire.
Je prends acte, en même temps, d’un certain nombre de refus. Les anciens refus éditoriaux, du temps où je postais ces choses, vers Paris. Les deux refus du CNL, avec, la dernière fois, au comité de lecture des gens comme, sic, Marie Nimier, dont je ne voudrais pas comme carpette. Du même CNL qui, en commission « Essais », trouve bon de subventionner Elizabeth Lévy, la mignonette et pauvrette, qui à mon avis mange quand même plus de caviar que de chips. Enfin divers refus particuliers, de prendre en dépôt, de référencer, de chroniquer (un journaliste de Nova par exemple qui m’explique que la voie normale pour un auteur, c’est l’édition. Encouragement à aller se faire arnaquer, un homme très au courant pas vrai.) Il est bon, au final, de ne pas insister trop lourdement contre les portes en chêne fermées de l’intérieur avec des amoncellements de vieux meubles, afin de préserver des épaules qui pourraient servir à autre chose, par exemple, à être liées au poignet qui copie/colle des morceaux de phrases délirantes.
Ce qui est fait est fait, ce qui était en ligne le reste. Ce qui change, c’est que je ne développerai plus pendant un moment cette interface de communication, et que je ne publierai plus à mes seuls frais.
Des propositions de financement de livres par le lectorat («j’aime mon chamane et je le nourris, telle est ma devise») seront transmises, normalement, dans les mois qui viennent.
Elles pourront concerner tout un tas de textes inédits, en cours d’écriture ou réécrits, ainsi :
Perfection 2è version revue et corrigée
Déférence
Clarté
The Farm 2è version
Scènes de la vie occidentale
Klaus Kinski
Machines + configurations + remaniements (livre illustré)
Balades autour de l’axe central, lecture par
Alban Lefranc (CD audio)
etc.
« Est-ce que j’ai ma place ? » Certains répondent « A l’évidence non ! » et d’autres soutiennent le contraire. Je dois accepter le fait que la clarification n’est pas de mon ressort, et ne pas chercher à interférer plus que ça avec les processus naturels de sélection.
Cordialement,
Ludovic.
PS :
Merci de tout cœur à Pierre Lazuly, qui offre le nouvel hébergement, gratuit, et qui est, lui, une des rares personnes vivantes que j’aie toujours respecté pour son travail. Merci également à une abonnée non des moindres, qui a rédigé sur Zazieweb une notice fine et compréhensive à propos de Balades.

