Le projet, le principe, les livres
Version express
La Hogarth Press II est la maison d'édition personnelle de Ludovic Bablon. Elle existe parce qu'il faut publier deux livres, New York et The Farm. Elle existera encore s'il faut en publier un troisième. Les livres sont faits main, sont voulus jolis et originaux (avec quelques surprises dans la conception), ils coûtent 9 euros pièce, on peut les commander ICI. Vite, dépêchez-vous, la cafétéria va fermer. Bon appétit.
Vous voulez en savoir plus ? La suite.
Version courte.
Question. Hi. J'ai entendu dire qu'il se passait
quelque chose de neuf. Est-ce vrai.
Réponse. Oui
Q. Quoi.
R. Je deviens éditeur.
Q. Pourquoi.
R. Vous le saurez si vous lisez la version longue. En résumé
: parce que j'ai certains textes courts, d'une part, qui posent problème
à l'édition classique ; qui, d'autre part, méritent une
publication ad hoc, adaptée à leur contenu.
Q. Quels sont ces textes.
R. Il s'agit de New York - Discours sur les belles
jeunes filles riches et inconnues, et de The Farm -
Un drame rural américain. Le premier fait dans les 12 000 mots,
le second dans les 9 000. Le premier raconte comment trois couches de circuits
imprimés prennent possession de trois jeunes new-yorkaises. Le second
fait partir une fermière à la recherche d'une vache, la vache
va aussi vers le Christ et le texte, vers le texte.
Q. Quel est le nom de la maison d'édition.
R. Hogarth Press II.
Q. Qu'est-ce que la Hogarth Press.
R. C'était la maison d'édition que Virginia Woolf avait
dans sa cave.
Q. Qu'est-ce que la Hogarth Press II.
R. C'est la maison d'édition que LJH / Ludovic Bablon a dans
son appartement.
Q. Est-ce un appartement sombre comme une cave.
R. Non.
Q. Pourquoi n'y a-t-il pas de points d'interrogations à la fin
de mes questions.
R. Parce que ça coûte cher en ce moment au kilo, le point
d'interrogation.
Q. Explication comme une autre. A propos d'argent, quel est le prix
de ces livres.
R. 9 euros pièce.
Q. Pour combien de pages.
R. 68 chacun.
Q. Comment est-ce fabriqué.
R. Artisanalement, mais sérieusement.
Q. Y avait-il un modèle éditorial.
R. Oui. Au niveau du format, j'ai voulu faire de petits livres comme
en font, en France, L'Amourier ou Allia, à l'étranger Penguin
books (Angleterre) et Reklam (Allemagne). J'y ai ajouté une conception
très graphique de la mise en page (surtout pour The Farm) et de la
couverture, et une conception très personnelle des mentions de responsabilité,
nom d'imprimeur, etc. Il y a des surprises à ce niveau. Je ne vous
dit pas lesquelles.
Q. Où est-ce imprimé ?
R. Chez moi. D'ailleurs, ça a changé, chez moi, maintenant
: c'est le "Touit-Touit Club" en permanence, avec l'imprimante qui sans cesse
fait "touit-touit... touit-touit...". On se croirait dans les locaux de Libération
un jour de rush : mais non, c'est la Hogarth Press II qui tourne à plein régime.
Q. Bon. On a dit version courte. Rapidité, efficacité.
Question. Sont-ce des livres légaux.
R. Parfaitement. Dépôt légal, ISBN, tout ce qu'il
faut.
Q. Puis-je les trouver en librairie ?
R. Cherchez-les, vous ne les trouverez pas. Ils ne sont en vente que
sur le web, ici.
Q. Comment.
R. Voyez la page Commande. En résumé
: vous m'envoyez un mail à ljhom@yahoo.fr
. Vous dites que vous voulez un livre, vous donnez une adresse précise.
Je vous communique mon adresse. Vous m'envoyez un chèque. Je reçois
le chèque, j'envoie le ou les livre(s). Vous accusez réception,
j'encaisse le chèque. Dans cet ordre précisément.
Q. Et le port ?
R. Un point d'interrogation réapparaît ! Et un d'exclamation
en prime. Le port est inclus dans le prix si vous habitez la France. Sinon,
vous le payez.
Q. Ok. Ok ok. Je voudrais bien les livres mais j'ai peur. Je trouve
que c'est compliqué. Il faut envoyer le chèque. Il faut payer
0,46 euros pour envoyer le chèque. Dans une librairie, je vois le livre.
R. C'est vrai. Mais quand vous allez en ville vous payez l'essence
ou le métro, en général, , et quand vous passez à
la caisse, il y a de l'attente, qui vous prend plus de temps que "mettre
une lettre à la poste". Moi, j'envoie le livre chez vous. Vous
voyez la couverture du livre. Par ailleurs, vous savez ce qu'il y a dedans,
puisque le texte est ici en intégralité. Mais électronique.
Et vous n'aimez pas les écrans, non ? Donc j'ai les livres.
Q. Bon. Bon. Est-ce que ce sont de bons livres.
R. Oui. J'ai essayé de les faire visuellement beaux, textuellement
bons ; et quoi d'autre ? eh bien, le papier ! le papier est tout doux ! sérieux...
je ne me lasse pas de le caresser.
Q. Merci, au revoir.
R. Au revoir.
Vous voulez en savoir ENCORE plus ? La suite de la suite.
Sinon, Retour.
Version longue.
LE PRINCIPE - Le contrôle artistique.
L'autoédition existait, mais l'interconnexion entre nous par ordinateur y change quelque chose. On obtient un tout intégré, de la production de littérature à la diffusion de livres.
La fabrication du livre, citez-moi trois raisons pour que ce ne soit pas l'affaire de l'auteur : vous n'en trouvez pas, donc je fais des bouquins.
Le but de l'opération est de me rendre libre - de rendre à l'auteur le contrôle intégral de la mise en forme de son uvre. En ce sens, Hogarth Press II ne publiera que moi, puisque le circuit n'est plus uvre-Auteur-Editeur-Diffuseur-Libraire-Lecteur, mais bien uvre-Auteur/Editeur/Diffuseur-Lecteur : je suis le seul intermédiaire entre votre esprit et le texte. Mes amis, nous ne sommes plus que trois dans ce monde, et ce n'est pas plus mal comme ça. L'ancien circuit ramène des corpus d'uvres à un formatage d'Editeur - unité graphique des collections, qui signifie en partie qu'on fait fi de l'unicité de l'uvre. Le nouveau circuit formate le texte selon l'identité du texte, point.
L'auteur connaît son uvre de fond en comble ; il conclut au style graphique que devra utiliser le livre, au format, au type de papier, à la quatrième de couverture etc. L'unicité de l'uvre (elle existe pour TOUTE uvre) n'est plus négligée. Auparavant, il fallait ramener l'unicité individuelle à des catégories plus larges, à savoir qu'on formatait tel livre de poésie dans "notre-collection-de-poésie". Ici, une uvre = un seul style graphique. Ainsi donc, The Farm a un format assez carré, adapté à l'esprit du texte (qui est, radicalement, plat, à ras-de-terre, terrestre) ; alors que New York a un format plus classique. Je n'ai pas pu pousser ce système aussi loin que je l'aurais voulu, pourquoi pas jusqu'à fabriquer le papier et l'encre pour obtenir un contraste précis entre la couleur de ce dernier et la matité du texte etc ; mais j'ai fait mon possible.
LA DIFFUSION - Un mécénat démocratique.
Si vous êtes dans le milieu, vous savez comment ça
marche. Sinon, voici : en fait, l'auteur du livre publié par l'éditeur
traditionnel touche, en règle générale, environ 10% du
prix de vente. L'éditeur touche pareil (mais, je crois, travaille plus,
quoiqu'il mérite moins (je ne vois aucune raison de ne pas privilégier
le point de vue de l'auteur, en art)). Le diffuseur touche 10, ou 20%. Le
libraire touche 30%. Si l'on prend l'ordre d'importance économique
des acteurs, tel que le définit la chaîne actuelle, on a :
1/ Libraire.
2/ Diffuseur.
3/ Editeur.
4/ Auteur.
5/ Texte. Car le texte, on s'en fout, ce n'est qu'une marchandise. C'est pourquoi
on balance, en page de titre, les NOMS de l'auteur, éditeur ; c'est
pourquoi le libraire entoure les Textes de sa marque de fabrique : ses bâtiments
sans âme, ses étalages froids. Vous voyez le hic ? Tout le monde
se sert sur la route. Ce n'est pas que l'art ne peut pas faire vivre l'artiste,
mais seulement que le système marche au profit de la diffusion, et
non de la production (et à ce sujet, le libraire floue l'auteur de
la même façon que le diffuseur floue l'éditeur ; c'est
un rapport de force, et je ne veux pas être le faible).
Le nouveau système économique proposé par
LJH Multinational Holding Incorporated, PDG Ludovic Bablon (note: c'est
très facile de devenir PDG : il suffit de s'autoproclamer tel), le
nouveau système remet en ordre la hiérarchie, pour que l'économique
coïncide avec l'esthétique :
1/ Texte. Il prend toute la couverture, et l'essentiel du Livre.
2/ Auteur/Editeur/Diffuseur/Libraire.
Je n'invente rien, je ne fais qu'utiliser une bonne arnaque pour retourner le retournement contre les requins : leur mettre dans les dents l'axiome suivant : Pas de libraire sans auteur, mais possibilité d'un auteur sans libraire. Je compte me faire un collier avec les dents de squales qui vont tomber.
Aussi, dans le principe, ce qu'implique ce système, c'est une sorte de "mécénat démocratique" - à savoir que vous êtes chargés de repérer dans le monde (= sur l'Internet) la littérature qui vous plaît, de l'intégrer, puis, de la récompenser, si vous le pouvez et le voulez. C'est une charge un peu lourde, mais dont vous vous acquitterez bien. Sponsoriser le bien est mieux que sponsoriser le mal (notes les connotations éthiques de la démarche).
Ce système fait de vous des princes et des rois, et de moi votre fou.
Donc : si vous lisez sur écran, et que l'uvre vous plaît, vous pouvez entreprendre de la rémunérer en achetant la version livre (d'ailleurs pratique et jolie) ; oui, parce que vous reconnaissez qu'en effet il y a un travail dessous (d'écriture, de composition, de mise en page web, de rédaction de code html, de fabrication de livre etc), un travail que quelqu'un a effectué (ce quelqu'un étant moi), un travail dont vous avez bénéficié. Dans ce cas, vous envoyez le montant demandé. Vous pouvez aussi considérer qu'il sera trop difficile d'entamer cette procédure de rémunération, vous n'en avez ni le temps ni l'envie, même si l'uvre vous plaît. J'accepte cette position. Vous avez le droit d'être usagers libres, lecteurs libres ; vous vous comportez alors comme des lecteurs d'une bibliothèque, et je suis adepte du prêt gratuit (je suis un gros lecteur: quelque chose comme 125 livres par an ; je n'en achète pas un seul) : tant qu'à faire, et pour le même prix de zéro euro, mieux vaut une uvre lue qu'une uvre pas lue.
En fait, peu de gens semblent conscients du fait que le système de diffusion des biens capitaliste est une chose admirable. Une chose, par exemple, qui nous permet, vous et moi, d'être debout (oui, je suis debout en ce moment) devant nos écrans. Par contre, beaucoup de gens sont d'accords pour rendre haïssable ce système de liberté des biens et des personnes : par exemple, cette FNAC ou ce FURET DU NORD, grandes enseignes, qui avaient oublié d'avoir dans leur rayons les Chants de Maldoror, quand un ami à moi voulait les leur acheter. Publibook, par exemple, s'y connaît pour rendre haïssable la vente d'ouvrages en ligne : Publibook donc utilise tout le terrible savoir-faire dont il dispose, et propose de mettre les livres DANS DES CADDIES EMPRUNTES A AUCHAN. Je me propose de procéder autrement. Vous aurez envie d'acheter mes livres, parce que je vous intéresse, parce que je suis parvenu à faire, seul, un bon produit, et surtout, parce que la politique de commercialisation sera à votre hauteur, digne de vous, pour autant que vous soyez hauts et dignes. Pas de sales slogans, mais des slogans quand même. Un exemple ?
Hogarth Press II, vous viendrez peut-être encore un peu chez nous par hasard, mais pas si longtemps que ça.
Sincèrement, je trouve ce slogan légèrement trop long. J'hésite à savoir pourquoi. C'est parce que c'est de la littérature.
Je propose donc une méthode pour commencer, dans le secteur "vente de livres en ligne", à établir un capitalisme à visage humain. J'ai tout mon temps et je ne veux pas de gros fric. Je veux le moyen fric qui me permet de vivre en créant et en mangeant des tajines.
Vous savez qu'LJH / Ludovic Bablon est très fort ; pourquoi ? Parce que, outre les tajines, il mange des épinards. Votre but est de fournir le beurre. Or LJH, quand il a fini de manger (il sort de table, et alors ? Attends, j'ai pas fini), il a besoin de fumer sa petite clope, bah, c'est humain. Votre but secondaire sera : lui fournir ses clopes. Quelle marque ? C'est une question importante, je vous l'accorde. Alors : du Golden Virginia (tabac à rouler) et des feuilles Rizla orange. Par ailleurs, pour "brocher sur le tout" (un terme de l'édition !), une petite bière Strasbrau (5 euros le pack) ne fait jamais de mal. Donc, voilà.
L'autre but de l'opération, c'est de financer de l'art dans-le-temps: celui du texte et celui du livre (mise en page, couverture etc) que vous achetez, mais également ceux, meilleurs, que je ferai ensuite, si vous me permettez de n'être pas trop excessivement dans la dèche. En l'occurence, j'ai pas mal d'idées : textes à écrire, livres-performances à publier, photos à faire, remixs audio, et si l'un de vous paye un livre par un ticket gagnant du loto, films expérimentaux : j'ai du pain sur la planche, mais cela ne vaut rien si la planche est du sapin, et que je suis dedans, mort d'une sacrée mort de faim.
LA FABRICATION - Un jeu d'enfant.
Devinette : vous voulez faire des bouquins et vous savez que pour découper les pages, les pros utilisent un massicot ; problème : vous n'avez pas de massicot ! Que faites-vous ? Réponse : vous perdez votre temps à chercher sur le net la différence entre "massicot", "rogneuse", cisaille", "coupeuse" (et le tout à main, rotatif/rotative, enfin avec toutes sortes de détails inutiles), et vous ne trouvez que des outils hors de prix, bouts de ferraille vendus 300 euros pièce ; dans un deuxième temps, vous écumez la ville, pour le même résultat ; finalement, vous achetez un kit "Couteau modélisme 16 pièces" (ça sert à découper balsa et plastique, je suppose ; mais ça fonctionne aussi formidablement avec le papier !), que vous combinez (système D) avec un outil (composé d'une planche et de 7 punaises) pour faire des découpes droites. Quand je dis droites, je dis bien: DROITES. Sinon je ne dirais pas droites. Pour zéro euro, je coupe droit avec une marge d'erreur de l'ordre du quart de millimètre.
Devinette : vous devez faire une mise en page de bonne qualité. Devinette : vous devez mettre à disposition de lecteur des livres, dans de bonnes conditions. Alors, réponse, réponse, résolution de problème. Pour plagier Rimbe, la main à couteau de modélisme, la main à logiciel de mise en page performant, la main à marketing, valent la main à plume ; et on tire de l'un et l'autre un amusement assez conséquent. C'est comme quand vous réparez le lavabo bouché de chez vous au lieu d'appeler le spécialiste à 500 balles : vous êtes dans la merde dans un premier temps, mais si vous y arrivez, vous avez économisé du fric, et surtout, gagné de la satisfaction (et comme disait Jésus : C'est une bonne chose que la satisfaction).
Bon, idem pour le papier, la carte de couverture, le format, la mise en page etc., tout est artisanal, tout a posé problème, tout a été amusant à résoudre, et finalement résolu. Trouver la colle. Couper. Mettre en page. Déterminer un format. Eliminer veuves et orphelines. Obtenir un ISBN. Faire le dépôt légal. S'informer des frais de port en Europe. Trouver des papiers de qualité, pas trop chers. Trouver des méthodes pour imprimer. Réaliser des couvertures intéressantes. Planifier les gestes de la fabrication selon le b-a-ba du taylorisme. Mettre en place les pages du site dont celle-ci. Fumer des clopes devant l'ordinateur, réfléchir avec Séb, discuter avec Fleur et faire du Flash. Fourrier, les phalanstères, Pierre Poujade, voilà mes idoles. L'auto-organisation, le "pas besoin des pros ! ", le plaisir de faire soi-même, voilà quelque chose d'intéressant. N'achetez pas, je ne perds rien qu'un peu de fric et pas mal de temps : j'aurai toujours gagné ce maximum de plaisir de la conception intégrale.
"On ne s'improvise pas ceci cela" : c'est ce que dit tout spécialiste, qui veut faire croire que lui seul peut exercer sa discipline. Mais c'est un mensonge protectionniste que j'entends ne pas prendre en compte. On s'improvise. On ne doit pas essentialiser les compétences. La compétence, elle s'acquiert, et vite. En 50 jours, à raison de 4 heures par jour, Lasker se targuait de créer, avec un imbécile, un joueur d'échecs de première catégorie. L'édition a des règles plus simples. Elle s'apprend donc plus vite. J'encolle et je coupe, j'imprime sur deux faces, je fais mon dépôt légal, tout le monde peut le faire, en quatre jours. Tout ce dont on a besoin, c'est d'acheter chez Auchan, si l'on n'en a pas chez soi, deux ou trois kilos de bonne volonté, et de la verser dans un grand saladier esthético-pragmatique, avant de touiller à la cuillère en bois sous un filet d'huile d'olive. J'ai touillé. J'ai obtenu la Hogarth Press II.
Vous avez choisi la version longue, et voici qu'il est tard. Bonsoir et bonne nuit.

